Jean-Yves Nau

- Prof. Hwang Woo-suk.
De nouvelles enquêtes vont être menées sur l’ensemble des travaux publiés par celui qui, hier encore, était présenté comme le « pape » du clonage en même temps qu’un futur Prix Nobel de médecine et de physiologie.
Telles sont les principales conclusions, rendues publiques jeudi 29 décembre à Séoul, par la commission d’enquête nommée par l’université nationale de Corée du Sud après les premières accusations formulées à l’encontre du célèbre chercheur. « Nous avons découvert que Hwang et son équipe n’ont aucune donnée scientifique pour prouver qu’ils ont bien produit des lignées de cellules souches correspondant spécifiquement à l’ADN d’une personne », ont annoncé les enquêteurs moins d’une semaine après avoir révélé que la publication de Science était, pour partie, sciemment falsifiée (Le Monde du 26 décembre).
Les neuf enquêteurs avaient alors établi que le professeur Hwang avait manipulé certains clichés photographiques et truqué des résultats chiffrés dans le but de faire croire à la communauté scientifique qu’il avait bien obtenu onze lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir d’embryons créés par clonage. Le chercheur avait déjà reconnu quelques jours auparavant ne pas avoir informé la revue scientifique américaine du fait qu’il avait perdu, par contamination, six des onze lignées cellulaires. Il avait d’autre part avoué avoir commis des fautes de nature éthique concernant l’obtention de certains ovocytes, cellules sexuelles féminines indispensables à la création d’embryons humains. Un doute demeurait toutefois, le chercheur sud-coréen ayant pu simplement avoir « enjolivé » ses résultats.
C’était compter sans la puissance de la traçabilité génétique. Les enquêteurs ont tout d’abord établi qu’il n’y avait que deux et non pas cinq lignées cellulaires conservées par congélation. « Les conclusions de trois laboratoires montrent que les lignées de cellules nos 2 et 3 qui avaient besoin d’une confirmation par rapport à l’article de mai 2005 ne correspondent pas à des cellules de patients mais sont des cellules d’ovules fécondés provenant de l’hôpital MizMedi, a précisé Roh Jung-hye, la porte-parole de la commission d’enquête. Les tests ADN ont démontré qu’il n’existait pas de cellules souches spécifiques à chaque personne. »

- Le jeune Snuppy (à droite) est-il bien un clone ?
Ces conclusions accablantes conduisent à s’interroger sur la valeur qu’il convient d’accorder à l’ensemble des travaux du chercheur sud-coréen. Ce dernier est l’auteur d’un travail retentissant publié en 2004 sur le clonage humain et d’une série de publications concernant la création de mammifères par clonage. En août 2005, il avait annoncé le premier chien cloné, un lévrier afghan baptisé Snuppy (pour Séoul National University Puppy). « Il nous faut conduire une enquête approfondie pour déterminer si Snuppy a bien été cloné », a souligné la porte-parole de la commission. Cette affaire sans précédent dans l’histoire de la biologie devrait avoir de multiples répercussions. Elle remet en cause le système en vigueur des publications par les revues scientifiques internationales et jette indirectement un grave discrédit sur l’ensemble des publications relatives à la technique du clonage. Hwang Woo-suk, qui n’est plus professeur, pourrait faire l’objet d’une enquête criminelle pour détournement de fonds publics.
« Il semble qu’il s’agisse d’une pure invention depuis le début, estime pour sa part Laurie Zoloth, professeur de bioéthique à la Northwestern University (Chicago). C’est un jour triste pour la science. »
(Le Monde, 30 décembre 2005)
Chronologie
23 février 1997. Clonage de la brebis Dolly en Ecosse par Ian Wilmut.
12 février 2004. Hwang Woo-suk annonce la création d’embryons humains par clonage en Corée du Sud.
6 août 2004. La loi française de bioéthique interdit la création d’embryons humains par clonage.
19 mai 2005. Hwang Woo-suk annonce dans Science une amélioration considérable du taux d’obtention d’embryons.
19 octobre 2005. Inauguration du premier centre de recherche au monde sur le clonage par l’Etat sud-coréen.
24 novembre 2005. Hwang Woo-suk démissionne de son laboratoire.
18 décembre 2005. Lancement par l’université nationale de Corée du sud d’une enquête sur Hwang Woo-suk.
23 décembre 2005. L’enquête conclut à la falsification des résultats publiés en mai 2005 dans Science.
29 décembre 2005. L’enquête conclut à la falsification des derniers travaux de Hwang Woo-suk sur le clonage humain.